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« Excusez moi de souffrir » : la honte invisible du deuil

Quand Stéphane est mort, puis quand Denis est mort, j’ai ressenti une émotion étrange et persistante : la honte. Pas la honte d’une faute, mais une honte sourde, comme un manteau trop lourd. Elle s’est installée au fil des jours, nourrie par le regard des autres, par cette peur que ma souffrance soit jugée excessive, répétitive, dérangeante. Comme si je devais m’excuser d’exister dans la douleur.

Une honte sourde et persistante

Cette honte n’était pas seulement intérieure. Elle naissait de cette petite voix qui me disait : « Encore elle qui souffre. Encore elle qui se victimise. » À chaque larme, chaque souvenir, chaque moment de fragilité, je me sentais obligée de me retenir. De ne pas prendre trop de place. De cacher ma peine. Comme si pleurer devenait une faute sociale.

Le regard des autres et les injonctions sociales

Le deuil ne se vit jamais seul. Il se vit dans le regard des autres, avec ses codes invisibles. On peut pleurer, mais pas trop longtemps. On peut parler de sa douleur, mais pas trop souvent. Il faut montrer qu’on souffre, mais aussi prouver qu’on avance. Cette double injonction rend la douleur paradoxale : il faut être authentique, tout en restant socialement acceptable.

Le deuil double — perte et censure

Ma peine s’est peu à peu transformée. Elle est devenue silencieuse, intériorisée. J’ai vécu un double deuil : celui de Stéphane et de Denis, et celui de ma liberté à vivre ma douleur pleinement. La honte m’a isolée, même au milieu de ceux qui voulaient m’aider. Je craignais que ma souffrance soit un poids, ou qu’elle soit mal comprise.

Vers une parole libérée

Et pourtant, cette honte n’est pas une faiblesse. Elle est la trace du choc, de l’amour, de l’intensité du lien. Elle montre combien notre société tolère mal la présence brute de la souffrance. Aujourd’hui, je veux pouvoir dire : je souffre, et je n’ai pas à m’excuser de ça. Ma douleur est légitime. Elle est le reflet de l’amour que j’ai porté, et de la force qu’il faut pour continuer malgré tout.

Honorer la douleur, affirmer la vie

Reconnaître cette honte, l’accepter, c’est faire un pas vers la liberté. La liberté de pleurer, de se souvenir, de parler, d’écrire. La liberté d’exister dans sa peine sans compromis. La souffrance a sa place. Elle est une partie de la vie, une partie de l’amour, une partie de moi.


Encadré thérapeutique : La honte dans le deuil — une émotion méconnue mais légitime

La honte est une émotion souvent ignorée dans les récits de deuil. Pourtant, elle surgit fréquemment, de manière insidieuse, et peut profondément affecter le processus de guérison. Elle ne vient pas du manque d’amour ou de résilience, mais du décalage entre ce que l’on ressent et ce que l’on croit devoir montrer.

Pourquoi la honte apparaît elle dans le deuil ?

  • Le poids des normes sociales : Dans notre société, la douleur doit être discrète, maîtrisée, temporaire. On valorise la force, la reprise rapide, la capacité à « tourner la page ». Pleurer trop longtemps ou évoquer souvent ses pertes peut être perçu comme une faiblesse ou une forme d’auto-victimisation.
  • La peur du regard des autres : Les endeuillés craignent d’être jugés : « Elle dramatise », « Il n’arrive pas à passer à autre chose ». Cette peur pousse à dissimuler la peine, à se censurer, à s’excuser d’être encore triste.
  • Les injonctions paradoxales : Il faut exprimer sa douleur pour avancer, mais sans trop déranger. Il faut montrer qu’on souffre, mais aussi prouver qu’on va bien. Cette contradiction crée une tension intérieure qui nourrit la honte.

Les effets de la honte sur le processus de deuil

  • Intériorisation de la douleur : La personne endeuillée retient ses larmes, évite de parler de sa peine, minimise son chagrin. Elle vit son deuil en silence, parfois même en secret.
  • Isolement émotionnel : Même entourée, elle se sent seule. Elle a peur de peser sur les autres, de ne pas être comprise, de devenir « trop » dans sa souffrance.
  • Double deuil : Il ne s’agit plus seulement de pleurer la personne disparue, mais aussi de faire le deuil de sa propre liberté à souffrir. La honte prive l’endeuillé d’un espace d’expression authentique.

Comment accueillir et dépasser cette honte ?

  • Nommer l’émotion : Reconnaître la honte, c’est déjà l’apprivoiser. Mettre des mots sur ce que l’on ressent permet de désamorcer le malaise et de reprendre du pouvoir sur son vécu.
  • S’autoriser à souffrir : Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de vivre un deuil. La douleur est légitime, quelle que soit sa durée ou son intensité. Elle est le reflet du lien, de l’amour, de la perte.
  • Créer des espaces sécurisants : Groupes de parole, thérapie, écriture, art… Trouver ou créer des lieux où la peine peut être dite sans jugement est essentiel pour se reconstruire.
  • Redonner du sens à la souffrance : La honte peut être transformée en témoignage : elle devient alors une trace de l’amour porté, de la profondeur du lien, et de la dignité de l’expérience humaine.

« La honte ne dit pas que vous êtes trop faible pour souffrir.
Elle dit que le monde n’est pas toujours prêt à accueillir votre humanité. »

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