✦ Ce qu’est la spiritualité… et ce qu’elle n’est pas ✦
✦ Pendant longtemps, j’ai choisi de rester discrète sur ma spiritualité et mes perceptions, par prudence.
Je sais à quel point l’ego peut se glisser : transformer une sensibilité en statut, une intuition en pouvoir, une capacité en identité.
J’ai vu des personnes être mises sur un piédestal simplement parce qu’elles “ressentaient” ou “canalisaient”. J’ai vu des groupes où celui qui parle le plus fort devient soudain “le plus connecté”. J’ai vu des personnes que j’aime profondément se laisser happer par ce piège.
Alors j’ai préféré rester en retrait, garder mes pratiques dans l’intime, éviter les dynamiques où l’on confond lumière et mise en scène.
Je ne suis pas au-dessus de ces glissements. Personne ne l’est. C’est aussi pour cela que je suis restée longtemps silencieuse : pour ne pas me laisser prendre, pour ne pas confondre ce que je perçois avec ce que je suis. Et puis, bien souvent, je ne me reconnais pas dans certains milieux “spirituels”.
La spiritualité n’est pas ce que l’on croit souvent. Et surtout, elle n’a rien à voir avec ce moment où l’ego se déguise en lumière. Elle mérite d’être ramenée à sa simplicité, à son humilité, à son humanité. La dérive spirituelle n’est pas un concept abstrait : c’est un rappel, pour chacun de nous, de rester vrai.
✦ La spiritualité est simple.
Elle ne cherche ni à impressionner, ni à convaincre, ni à se montrer. Elle est une manière d’être au monde, une façon d’écouter, de ressentir, de relier. Elle rend plus humble, plus humain, plus ancré.
Elle ne donne ni titre, ni “niveau”, ni supériorité. On peut être profondément spirituel sans jamais parler d’énergie ou de guides, simplement en vivant avec présence et respect.
✦ La spiritualité n’est pas un décor, ni une identité, ni une performance.
Elle n’est pas là pour nous placer “au-dessus”, ni pour nous protéger de nos émotions, ni pour nous offrir un rôle particulier. Dire “tout est parfait” à quelqu’un qui souffre, par exemple, n’a rien de spirituel : c’est simplement une manière de ne pas accueillir sa douleur.
Souvent, c’est dans certains milieux New Age que la dérive de l’ego apparaît le plus clairement. On y parle de vibration, d’alignement, de mission d’âme, de “guides”, de “signes”, de “fréquences”… Des mots qui peuvent être beaux, mais qui deviennent parfois des refuges pour l’ego.
On entend alors des phrases comme : “Tu n’es pas aligné.” “Tu attires ce que tu es ou ce que tu vibres.” “C’est karmique.” “Tu dois lâcher prise.” “C’est ton ego.” “Tu vibres trop bas.” “Tu traverses une transition vibratoire.” “Les guides disent que…” “C’est trop subtil pour toi pour l’instant.”
Ces phrases donnent l’illusion d’être spirituel, mais elles évitent l’humain. Elles manquent de nuance, culpabilisent, isolent.
✦ Et lorsque ces glissements se produisent dans l’accompagnement, ils deviennent encore plus sensibles.
Parce qu’en tant qu’accompagnant — thérapeute, médium, praticien — on engage une responsabilité envers l’autre : celle de ne pas enfermer, de ne pas projeter, de ne pas confondre perception et pouvoir, de ne pas utiliser le langage spirituel pour dire à l’autre ce qu’il devrait être, comprendre ou devenir.
La spiritualité n’a jamais pour but de rendre l’autre dépendant, confus ou coupable. Elle demande nuance, humilité et conscience fine de l’impact de nos mots.
✦ La spiritualité laisse de la place.
Elle n’écrase pas, n’exclut pas, ne confisque pas la vérité. Elle ne cherche pas à briller, ni à convaincre, ni à se mettre en scène. Elle rend plus libre, plus lucide, plus ancré, plus humain.
Un accompagnant n’éclaire pas à la place de l’autre. Il crée un espace où l’autre peut voir par lui-même. Un accompagnant ne sait pas pour l’autre. Il écoute avec lui.
✦ La spiritualité n’est pas un rôle, ni un costume, ni un pouvoir.
Elle est une manière d’être, une manière d’aimer, une manière de marcher.
Nous ne sommes qu’un canal. Et c’est dans cette humilité que la lumière circule.
